C Critique

Littérature

Briser la malédiction de la détestation féminine – à propos du dernier livre de Maria Pourchet

Politiste

À l’heure de la mise à jour de la domination masculine, étaler les violences que certaines femmes sont capables d’infliger à d’autres peut déranger. Alors quand l’accusée est la figure maternelle, principale actrice de la perpétuation de la lignée des malheureuses… Dans un récit âpre et bouleversant, Toutes les femmes sauf une (Pauvert), Maria Pourchet explore les conséquences désastreuses du désamour maternel.

Depuis toujours, la fille court après sa mère. Elle l’attend et s’ennuie, des heures ; elle lui ramène de bonnes notes, imméritées ; elle fait comme elle dit, ne se fait pas remarquer ; elle l’appelle, pour dire quoi ? Et puis un jour, elle cesse de courir, d’attendre et d’appeler, un jour elle écrit et elle dit tout. Elle sait qu’elle blessera, elle aurait préféré nous épargner le livre, mais elle n’a pas le choix. Dans Toutes les femmes sauf une, Maria Pourchet ne s’adresse pas à sa mère, elle parle à l’enfant qui vient de naître, sa fille, Adèle. Âpre et bouleversant, son récit n’est intime qu’à la surface des pages ; on touche dans ses profondeurs à une forme d’expérience universelle, celle du désamour maternel qui peuple les rues des villes de loups et de louves affamé·e·s, les flancs creux du vide causé par la mère.

Au beau milieu des clameurs qui mettent au jour les ressorts perpétués de la domination masculine, nous entendons une voix dissonante s’élever et rappeler « la haine que les femmes vouent à leur g...

Camille Froidevaux-Metterie

Politiste, Professeure de science politique à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et membre de l'Institut Universitaire de France