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Exxon et « nous » – sur Perdre la Terre de Nathaniel Rich

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En août dernier, le New York Times Magazine consacrait l’intégralité de sa pagination à un long article signé de l’écrivain Nathaniel Rich et annoncé en lettres blanches sur fond noir : « Il y a trente ans, nous aurions pu sauver la planète. » Enrichi et transformé en livre, Perdre la Terre vient de paraître en français. Mais qui est ce « nous » qui aurait pu sauver la planète et qui n’a pourtant « rien fait » ? Est-ce vraiment « l’humanité » qui a « échoué à se sauver » ? Le recours au pronom « nous », si vaste, ne risque-t-il pas d’excuser précisément ceux qui étaient les plus coupables ?

En février 1962, le géant pétrolier américain Humble Oil (désormais connu sous le nom d’Exxon) a publié dans l’hebdomadaire Life une publicité qui aujourd’hui paraît presque sadique. « Chaque jour Humble produit assez d’énergie pour faire fondre 7 millions de tonnes de glacier », se vantait la multinationale, en légende d’une photo du majestueux glacier Taku, en Alaska.

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Il est peu probable que les dirigeants d’Exxon de l’époque (et encore moins ceux de son agence de publicité) savaient à quel point ce slogan cruel correspondait à la vérité. Mais quinze ans plus tard, en 1977, nul doute qu’ils le savaient. Bien avant tout le monde à part une poignée d’experts, les scientifiques d‘Exxon avaient compris la manière dont les émissions de gaz à effet de serre produites par la combustion des énergies fossiles contribuaient à un réchauffement climatique « potentiellement catastrophique » et « peut-être irréversible ». Leurs propres rapports le montraient et la direction était bien au courant.

Pourtant, ils n’étaient pas pressés d’avertir le public. Au contraire, le scientifique Henry Shaw conseillait aux dirigeants d’Exxon en 1979 qu’ils lancent « un programme défensif très agressif » afin de protéger leurs bénéfices de toute législation qui viserait à limiter les émissions de carbone. C’est ce que nous ont révélé les journalistes de InsideClimate News il y a maintenant presque quatre ans, en 2015.

Ce dossier choc a suscité une forte réaction non seulement de la part des militants écologistes, mais également de la justice américaine : en 2015 et 2016, les procureurs généraux des États du Massachusetts et de New York ont ouvert des enquêtes pour fraude contre Exxon, plus gros producteur d’énergies fossiles coté en Bourse. Les enquêtes sont toujours en cours et une nouvelle pourrait bientôt être ouverte à Washington, D.C. Cette série de procédures judiciaires s’appuie sur un message simple et clair : « Exxon savait ». Et maintenant, Exxon doit payer.

C’est dans ce


Colin Kinniburgh

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