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Exxon et « nous » – sur Perdre la Terre de Nathaniel Rich

Journaliste

En août dernier, le New York Times Magazine consacrait l’intégralité de sa pagination à un long article signé de l’écrivain Nathaniel Rich et annoncé en lettres blanches sur fond noir : « Il y a trente ans, nous aurions pu sauver la planète. » Enrichi et transformé en livre, Perdre la Terre vient de paraître en français. Mais qui est ce « nous » qui aurait pu sauver la planète et qui n’a pourtant « rien fait » ? Est-ce vraiment « l’humanité » qui a « échoué à se sauver » ? Le recours au pronom « nous », si vaste, ne risque-t-il pas d’excuser précisément ceux qui étaient les plus coupables ?

En février 1962, le géant pétrolier américain Humble Oil (désormais connu sous le nom d’Exxon) a publié dans l’hebdomadaire Life une publicité qui aujourd’hui paraît presque sadique. « Chaque jour Humble produit assez d’énergie pour faire fondre 7 millions de tonnes de glacier », se vantait la multinationale, en légende d’une photo du majestueux glacier Taku, en Alaska.

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Il est peu probable que les dirigeants d’Exxon de l’époque (et encore moins ceux de son agence de publicité) savaient à quel point ce slogan cruel correspondait à la vérité. Mais quinze ans plus tard, en 1977, nul doute qu’ils le savaient. Bien avant tout le monde à part une poignée d’experts, les scientifiques d‘Exxon avaient compris la manière dont les émissions de gaz à effet de serre produites par la combustion des énergies fossiles contribuaient à un réchauffement climatique « potentiellement catastrophique » et « peut-ê...

Colin Kinniburgh

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