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Littérature

Ne saurait mentir (littérature et migration) – sur trois romans de Melandri, Kumar et Schwartz

Critique

À l’heure où les productions médiatiques rejoignent les instances politiques dans une inefficacité notoire à réveiller les consciences quant au drame migratoire, les romans de Francesca Melandri, Amitava Kumar et Violaine Schwartz offrent une vision contemporaine, littéraire, de l’exil. Ils rappellent ainsi que les migrants avaient une vie avant la migration, qu’ils ont un passé et, qu’à ce titre, ils méritent d’être accueillis non comme de simples victimes mais comme des sujets humains souverains.

Bon sang ne saurait mentir. Malgré la patine de son usage, l’expression crée de l’embarras car elle suppose une qualité, et donc une hiérarchie, des sangs et suggère que par cette distinction biologique, c’est-à-dire involontaire, une qualité morale reposerait sur l’hérédité. Premier accroc. Second accroc : encore faut-il démontrer que le mensonge appartienne au catalogue des vices et péchés. Ne dépend-il pas des circonstances, en réalité, que le mensonge soit condamnable ou pardonnable ? N’en déplaise à Kant, mentir sous la torture pour ne pas dénoncer un camarade n’a rien d’infamant.

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Lorsqu’un migrant, par exemple, ment pour échapper à son destin d’errance en produisant un récit qu’il devine acceptable pour le fonctionnaire de l’OFPRA qui l’interroge et cherche à contrôler la vérité du dossier déposé, va-t-on l’en blâmer ? Toute personne ayant traversé un état traumatique construit de même une narration de son passé évitant les épisodes obscurs. Ce n’est pas la littérature qui s’en offusque...

Alexis Nouss

Critique, Professeur en littérature générale et comparée