C Critique

Littérature

Portrait-robot du grand-père – à propos de Cow-boy de Jean- Michel Espitallier

Écrivain

Dans Cow-Boy, Jean-Michel Espitallier comble le vide d’une histoire, celle de son grand-père, duquel il n’a jamais connu que la salopette gris-bleu en épais coton et la veste trois-quarts en cuir marron, et égratigne au passage la légende dorée de l’American way of life. Peut-être était-il une fois Eugène, cow-boy aux Amériques, aimant le tabac et la pâte de coing, rentré par New York et le transatlantique, peut-être – mais modelé certainement dans une langue poétique et joueuse, qui révèle d’autant mieux qu’elle imagine.

Écrire sur rien, c’est une chose. Écrire à partir de trois fois rien, c’est tout autre chose, qui est précisément ce à quoi s’attelle Jean-Michel Espitallier dans ce Cow-Boy délectable d’intelligence poétique : trois fois rien, à savoir les poussières de mémoire dont il dispose à propos de son grand-père paternel qui fut cow-boy « aux Amériques » il y a plus d’un siècle.

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On le sait, trois fois rien ne font jamais rien, et d’autant moins aux yeux des lecteurs, en l’occurrence, qu’à se pencher sur cette page étrangement trouée de son roman familial, il en vient à bricoler une étonnante machine à démystifier le rêve américain qui nous a si longtemps mis des étoiles plein les yeux. Au rythme où émerge et s’affine une sorte de portrait-robot du grand-père Eugène en gardien de vaches solitaire, l’Amérique qui l’entoure change de visage : il en devient un redoutable révélateur, ce grand-père qui fut d’abord un migrant comme tant d’autres migrants d’hier ou (pire) d’aujourd’hui.

De fait, les hommes j...

Bertrand Leclair

Écrivain, Critique littéraire