C Critique

(Re)voir au temps du confinement

Une brèche dans le temps – sur La Peste à Marseille, 1720 de Michelle Porte

Artiste et auteure

Réalisé pour la télévision en 1982 et très peu montré depuis mais revu ce printemps, La Peste à Marseille, 1720 a ouvert une incroyable brèche dans le temps. Le film documentaire de Michelle Porte a certes sa propre histoire, si différente de la nôtre. Et pourtant, dans l’écart entre ce qu’énonce la voix et ce que la caméra montre, quelque chose d’intemporel se joue, suspendu entre mémoire et présent, réel et fiction, vie et mort.

Au début du mois d’avril, j’ai retrouvé dans un de mes carnets, en cherchant tout autre chose, une courte note griffonnée au crayon à papier et dans le noir pendant la projection du film La Peste à Marseille, 1720 de Michelle Porte : « Balles de coton, étoffes de Syrie, l’effet d’une mèche allumée se répand à travers les échoppes, les rues, au-delà de la Durance, loin dans les terres ».

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Relire cette note a immédiatement suscité l’envie de revoir le film qui m’avait estomaquée cet après-midi-là. La relire au présent d’une situation hors-norme (mais loin d’être sans précédent historique, comme on le sait déjà) m’a fait saisir à quel point le discret film de Michelle Porte, réalisé pour la télévision en 1982 et très peu montré depuis, entrait en collision d’une manière aussi résolue que fracassante avec l’épidémie planétaire de Covid-19.

J’avais entendu parler de Mich...

Marcelline Delbecq

Artiste et auteure