Cinéma

Revoir Black Panther, en hommage à Chadwick Boseman

Sociologue du théâtre

Après l’annonce de la mort de l’acteur Chadwick Boseman, les nombreux hommages au « super-héros noir » de Black Panther prennent une forte résonance politique dans un contexte de reviviscence du mouvement #BlackLivesMatter. Jouant avec les stéréotypes racistes en les déjouant, le film tend à reconfigurer les représentations des masculinités noires. Mais esquisse-t-il un super-héros politique noir ? Bref, de quel projet politique Black Panther est-il le nom ?

La mort de l’acteur Chadwick Boseman, emporté par un cancer à l’âge de 43 ans ce 29 août 2020, a suscité une vague d’émotion rare aux États-Unis et dans le monde entier. Ce n’est pas seulement Hollywood qui a salué la mémoire d’un des siens. De Barack Obama à Joe Biden, les hommages au « super-héros noir », souvent accompagnés du hashtag #Wakandaforever, ont pris une tournure politique, dans le contexte d’une reviviscence mondiale du mouvement #BlackLivesMatter suite à la nouvelle flambée de violences policières de l’été 2020. Désormais impliqués dans le mouvement, les joueurs de la NBA, au terme d’une grève sans précédent – soutenue par Obama – ont repris les playoffs avec une minute de silence en hommage à Boseman.

Tout se passe comme si la figure de l’acteur, engagé dans la lutte pour les droits civiques, fusionnait dans la mort avec celle du super-héros politique fictif qu’il a incarné, T’Challa, aka Black Panther, pour devenir un super role model de la lutte antiraciste. Déjà à la sortie du film en 2018, le cri de ralliement « Wakanda forever », bras en croix sur la poitrine, avait été repris à la fois dans les manifestations antiracistes et par des personnalités, sportives notamment, s’identifiant et identifiés au fait d’être noirs (américains mais aussi français, comme le tennisman Gaël Monfils ou le footballeur Paul Pogba).

Il est vrai que le film Black Panther, mis en scène par un réalisateur noir, racontant l’histoire d’un (super)héros noir et distribuant dans les rôles principaux des acteurs noirs, a fait événement à sa sortie, deux ans après qu’avait été lancé le célèbre #OscarSoWhite. Un film racontant l’histoire d’un jeune Noir homosexuel et pauvre, Moonlight, avait bien obtenu l’année précédente l’Oscar du meilleur film, signe d’une prise de conscience de l’urgence politique, pour Hollywood, d’affronter enfin de face la question raciale. Mais dans une industrie culturelle où l’argent dit tout, il restait encore à faire un véritable pari économique. C


[1] Kevin Feige, cité in Kyle Buchanan, « Why Marvel Spent More on Getting Black Panther Just Right », Vulture, 13 février 2018.

[2] Voir Sébastien David et Hélène Valmary, « Les Superhéros dans le cinéma hollywoodiens. Innovations esthétiques et transmédialité », Colloque international, Université Lyon 2, 23-24 mai 2019.

[3] Auteur notamment de I am not your negro.

[4] William Blanc, Superhéros, une histoire politique, Libertalia, 2018, p. 178.

[5] William Blanc, op.cit., p. 176.

[6] Idem.

[7] Voir notamment Vincent Joly, « “Races guerrières” et masculinité en contexte colonial. Approche historiographique », dans Clio : femmes, genre, histoire, n° 33, mai 2011, p. 139-156.

[8] William Blanc, op.cit., p. 197.

[9] Ibid., p. 199.

[10] Umberto Eco, De Superman au surhomme, Livre de Poche, 1995, p. 143-144. Cette partition est d’ailleurs un peu réductrice puisqu’un même héros, comme Superman ou encore Batman, a pu, au cours de l’histoire des comics, passer d’un « camp » à l’autre.

[11] Michel Bampély, « Black Panther est une exception culturelle américaine », Libération, 13 mars 2018.

[12] Ancienne connaissance de Toni Stark, le personnage apparaît dans Avengers : l’ère d’Ultron, vendant à l’intelligence artificielle son stock de vibranium.

[13] Le personnage apparait dans le comic Jungle Action en 1974.

[14] Du moins, jusqu’à Logan ou Endgame qui présentent d’ailleurs tous deux une intéressante réflexion sur la dégradation physique à laquelle se trouvent confrontés les corps des super-héros mais aussi de leurs interprètes masculins, que ce type de rôle confronte aux problèmes d’érotisation du vieillissement du corps à l’écran plus fréquemment rencontrés par les actrices.

[15] L’acteur a aussi joué la Torche dans le film de 2015 Les 4 fantastiques.

[16] Christiane Taubira : « Depuis Martin Luther King, l’Amérique est toujours travaillée par ses vieux démons », dans Guillaume Erner, Les Matins de France Culture, L’Invitée des matins, 2e partie, 4 avril 2018.

[17] Alain M

Bérénice Hamidi-Kim

Sociologue du théâtre, professeure en études théâtrales à l'Université Lyon 2 et membre de l'Institut Universitaire de France

Rayonnages

CultureCinéma

Notes

[1] Kevin Feige, cité in Kyle Buchanan, « Why Marvel Spent More on Getting Black Panther Just Right », Vulture, 13 février 2018.

[2] Voir Sébastien David et Hélène Valmary, « Les Superhéros dans le cinéma hollywoodiens. Innovations esthétiques et transmédialité », Colloque international, Université Lyon 2, 23-24 mai 2019.

[3] Auteur notamment de I am not your negro.

[4] William Blanc, Superhéros, une histoire politique, Libertalia, 2018, p. 178.

[5] William Blanc, op.cit., p. 176.

[6] Idem.

[7] Voir notamment Vincent Joly, « “Races guerrières” et masculinité en contexte colonial. Approche historiographique », dans Clio : femmes, genre, histoire, n° 33, mai 2011, p. 139-156.

[8] William Blanc, op.cit., p. 197.

[9] Ibid., p. 199.

[10] Umberto Eco, De Superman au surhomme, Livre de Poche, 1995, p. 143-144. Cette partition est d’ailleurs un peu réductrice puisqu’un même héros, comme Superman ou encore Batman, a pu, au cours de l’histoire des comics, passer d’un « camp » à l’autre.

[11] Michel Bampély, « Black Panther est une exception culturelle américaine », Libération, 13 mars 2018.

[12] Ancienne connaissance de Toni Stark, le personnage apparaît dans Avengers : l’ère d’Ultron, vendant à l’intelligence artificielle son stock de vibranium.

[13] Le personnage apparait dans le comic Jungle Action en 1974.

[14] Du moins, jusqu’à Logan ou Endgame qui présentent d’ailleurs tous deux une intéressante réflexion sur la dégradation physique à laquelle se trouvent confrontés les corps des super-héros mais aussi de leurs interprètes masculins, que ce type de rôle confronte aux problèmes d’érotisation du vieillissement du corps à l’écran plus fréquemment rencontrés par les actrices.

[15] L’acteur a aussi joué la Torche dans le film de 2015 Les 4 fantastiques.

[16] Christiane Taubira : « Depuis Martin Luther King, l’Amérique est toujours travaillée par ses vieux démons », dans Guillaume Erner, Les Matins de France Culture, L’Invitée des matins, 2e partie, 4 avril 2018.

[17] Alain M