C Critique

Littérature

Lire sans gants ? – à propos de Notre dernière sauvagerie d’Éloïse Lièvre

Écrivain

Notre dernière sauvagerie est un livre d’images mais sans image : un livre d’imagination, où il faut réinventer la recension des situations de lecture et couvertures des volumes photographiées dans le métro par Eloïse Lièvre. L’écrivaine et presque enquêtrice envisage et met en ordre les mille et une façons de penser notre rapport aux livres. Mais, au milieu de ceux-ci, il y a un autre fil : le nœud défait du couple, telle une blessure prête à s’ouvrir à nouveau.

Il y a dans Notre dernière sauvagerie plusieurs livres, puisque c’est un livre sur les livres, qui est d’abord un livre sur soi : un livre sur la solitude, et peut-être la solitude des livres, celle qui les rend possibles, qu’on les écrive ou qu’on les lise.

Le principe en est assez simple, selon un dispositif qui n’étonnera pas de la part d’Eloïse Lièvre, dont le précédent ouvrage, Les Gens heureux n’ont pas d’histoire, avait été très remarqué : on y découvrait, comme une sorte de calendrier de l’avent, le compte à rebours photographique de l’écrivaine récapitulant sa vie jusqu’à l’anniversaire de ses quarante ans.

Notre dernière sauvagerie est à nouveau un livre d’images, mais sans image : un livre d’imagination, où il faut réinventer les photographies « des gens qui lisent dans le métro » qu’Eloïse Lièvre a décidé de prendre, à partir du 12 décembre 2014. La date n’est pas sans importance, qui signale un protocole précis, dont compte surtout l’origine : la fin d’une histoire, celle d’un couple qui se sépare et dont l’aimé devient « le père de mes enfants », ainsi qu’il sera dès lors désigné, mais aussi la fin définitive de l’enfanc...

Fabrice Gabriel

Écrivain, Critique littéraire