Hommage

River deep mountain high : les abysses et sommets vertigineux de Phil Spector

Journaliste

Phil Spector est mort ce 17 janvier en prison. L’ancien monarque des juke-boxes avait été condamné à dix-neuf années de réclusion en 2009 pour meurtre. Presque tout au long de sa vie, Spector fut un bon « client » pour les pages des tabloïds, lui qui se montrait tyrannique et toxique dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. L’homme n’était pas admirable, c’est le moins qu’on puisse écrire. Mais le producteur musical l’était. C’est même l’un des plus grands génies de la pop et du rock.

Regard exorbité, lèvres fines, presque pincées, traits affaissés par l’âge, perruque ébouriffée de personnage sorti d’un film de Tim Burton, Phil Spector ressemblait ces dernières années au « monstre » qu’il était et qu’incarna Al Pacino dans un téléfilm américain.

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Nabab has been solitairement retranché dans son manoir de la banlieue de Los Angeles dans les années 90-2000, l’ancien monarque des juke-boxes avait été condamné à dix-neuf années de prison en 2009 pour l’assassinat d’une actrice de série Z, Lana Clarkson. Presque tout au long de sa vie adulte, Phil Spector fut un bon « client » pour les pages des tabloïds : riche, célèbre, puissant, excentrique, complexé par sa taille et son physique, porteur de postiches étranges ou de boots à talonnettes, paranoïaque, mélomane mégalomane, amateur d’armes à feu, caricature de mâle dominant à la fois rongé par ses failles et dévoré par son hybris, psychologiquement instable, parfois incohérent, puis finalement meurtrier, terminus logique d’une infernale boucle de folie.

Il se trouve que cet homme peu aimable fut aussi l’un des plus grands génies de l’histoire de la pop et du rock, l’égal des Brian Wilson, Paul McCartney, Marvin Gaye, Quincy Jones, Berry Gordy… Si le nom de Spector est peut-être moins gravé dans l’inconscient collectif que ceux des Beatles, Stones, Elvis ou Beyoncé, c’est parce qu’il n’était ni chanteur, ni musicien, ni même auteur-compositeur (il a co-écrit une toute petite poignée de ses tubes). Spector avait un rôle de l’ombre, moins connu du grand public mais tout aussi fondamental pour les pop connaisseurs : à l’instar d’un Berry Gordy (le fondateur et big boss de la Motown), il était producteur, dans tous les sens pygmalionesques que cette fonction pouvait signifier dans les années 50-60, à la fois découvreur et sélectionneur de groupes, metteur en scène de leur look et de leur jeu scénique, et surtout créateur d’un « son ».

Ce son, c’est le fameux wall of sound (« le mur du son », ou plu


Serge Kaganski

Journaliste, Critique de cinéma

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