Le mur est dans le pré – sur Hors champ de Marie-Hélène Lafon
Les récits de Marie-Hélène Lafon labourent depuis longtemps une même matière, on le sait : la famille, le Cantal, la vallée de la Santoire, des fermes où fermentent des destins résignés. Souvent ceux d’hommes aveugles et sourds à leur intériorité.

L’autrice a elle-même grandi dans une exploitation agricole cantalienne. Puis elle est devenue professeure et écrivaine à Paris, ce qui fait d’elle ce qu’on appelle aujourd’hui une « transfuge de classe ».
Hors champ ressemble donc à ses précédents romans sans y ressembler du tout : en creusant obstinément un sillon, on découvre toujours de nouvelles strates. Ici, il y a Claire et Gilles, sœur et frère que seuls onze mois séparent. Ils sont enfants de fermiers. Claire est l’aînée. Elle a le physique (cheveux bouclés) et le métier (écrivaine, docteure) de Marie-Hélène Lafon. Elle sera donc littéralement hors des champs et du champ, tandis que son frère y restera.
Leurs prénoms étaient déjà ceux de personnages des Sources (2023). L’an dernier, Lafon avait confié à AOC un extrait de la fin de Hors champ et deux autres séquences avaient paru aux Éditions du Chemin de fer dans Vie de Gilles, illustré par des peintures de Denis Laget. Avec cette précision importante : ces deux extraits rassemblés étaient « autant de variations sur ce qu’aurait été l’existence de Gilles si la mère n’avait pas quitté le père violent. »
Peut-être Hors champ est-il cette fois surtout un texte sur le temps, ou l’éternité. Un présent étale qui se modifie insensiblement, un lent glissement où les couches chronologiques musiquent en contrepoint, revenant, s’inversant, se tissant de telle façon que, malgré les cinquante années traversées, tout semble toujours au point mort, mais vu sous différents angles. En dix « tableaux » pour être précis.
Dès le début, Gilles fait penser au personnage de Watteau dans le tableau bien connu de 1718 : un Pierrot de la commedia dell’arte profondément mélancolique au-devant de la scène, surplombant des personnag
