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Penser l’extrême droite en Allemagne de l’Est : de la contestation du communisme à la peur de l’étranger

Historien

La fin de l’été à été marquée par de violentes manifestations anti-migrants en Saxe. Pour vraiment comprendre comment s’est formé un sentiment croissant d’insécurité parmi de nombreux citoyens d’Allemagne de l’Est, il est nécessaire de prendre du recul et de réinscrire l’actualité de l’extrême-droite allemande dans une histoire de moyenne durée.

Une fois passée l’émotion politico-médiatique autour de la Saxe et plus précisément de la ville de Chemnitz érigée en « épicentre de l’extrême droite », il faut prendre le temps de poser le problème de la radicalisation politique en Allemagne de l’Est en la contextualisant davantage dans le temps long. Une telle perspective ne vise pas à établir de manière déterministe une ligne de causalité directe entre un passé est-allemand et le temps présent. Elle offre par contre la possibilité de penser la complexité de ce phénomène.

La plupart des journalistes et des « experts » mobilisés pour expliquer cette flambée de violence extrême la qualifient de « phénomène assez ancien (sic) postérieur aux années de la Réunification. » En clair, les conséquences socio-économiques de la révolution néolibérale en Allemagne de l’Est sont présentées comme la principale clé d’explication à l’épanouissement des idées d’extrême-droite.

Le nez collé à l’écume de l’actualité, ces spécialistes omettent trop souvent d’inclure dans leur analyse une ...

Emmanuel Droit

Historien, Professeur d’histoire contemporaine à Sciences Po Strasbourg