O Opinion

Cinéma

Quelques remarques sur l’image cinématographique

Réalisateur, producteur et scénariste

Avec le cinéma, il ne s’agit plus de voir une représentation de la vie sur une scène, ni de voir la vie comme on la voit dans la vie mais de voir la vie comme on ne l’a jamais vue. Il s’agit de voir les mouvements comme intensifiés par la mécanique reproductrice du cinématographe, par l’enregistrement de la légèreté, de la fragilité des mouvements uniques des corps. Toutefois, le cinéma peut aussi comme aucun art avant lui enregistrer et projeter l’arrêt de ces mouvements : la mort.

Il y a deux ans, je fus invité à intervenir à un colloque dont le thème était « La montée des violences ». Y fut projeté un montage d’images de violence réelle ou fictionnelle réalisé par Alain Fleischer. Et dans ce flux d’images de violence, il y avait des images de corps d’animaux pris par les soubresauts, les secousses de la mort. Ce sont des mouvements insupportables à regarder car il ne s’agit pas d’images de fiction, comme le sont les images où nous avons vu des soubresauts joués et même surjoués par des acteurs asiatiques autour de la table lorsqu’ils sont soudainement abattus par des rafales d’armes automatiques.

On pourrait même dire que ces acteurs tentent, sans y arriver vraiment, d’imiter la vérité documentaire des animaux qui ne jouent pas, sont là sans conscience fictionnelle. En effet, les animaux, comme aussi les très jeunes enfants, ne sont pas des acteurs capables de jouer, de faire semblant. L’animal vivant réel enregistré par la caméra est une preuve indubitable de présence documentaire pour le spectateur. Ce qu’il voit, ce qu’a vu la caméra, ce que nous venons de voir dans ce film : ces corps d’animaux envahis par les derniers mouvements nerveux,...

Luc Dardenne

Réalisateur, producteur et scénariste