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Société

L’interprétation, un accès nécessaire à la démocratie

Directeur du Théâtre de la Bastille

Les faux-monnayeurs de la culture populaire entretiennent avec les populismes une complicité antidémocratique. Réduire le peuple à la voix de son chef auto-proclamé ou la culture à l’immédiateté de la satisfaction relève d’un même hold-up. Face à ce double danger, le théâtre peut proposer une tout autre expérience : celle de l’interprétation.

Les différentes formes de populisme ont en commun une représentation du peuple que l’on qualifie d’holistique : le peuple serait un corps unique et unifié, un corps dont l’unité autoriserait un représentant à parler en son nom. Celui qui s’arroge ce droit exorbitant, parler au nom du peuple, affirme que son discours ainsi fondé ne peut être que vrai et que seuls s’y opposent ceux qui s’en sont exclus : ils ne sont pas le vrai peuple ! Double gain : confirmation de l’unité du corps et désignation de son ennemi. Il faut à tout populiste un ennemi déclaré. Ce sera l’élite, sans que l’on sache très bien de qui il s’agit : les tenants du pouvoir (économique ou politique) et du savoir, selon les nécessités du moment. Ainsi, celui qui tient ce discours ne conçoit pas d’autre légitimité que la sienne.

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Il est en cela le complice de tous ceux qui a...

Jean-Marie Hordé

Directeur du Théâtre de la Bastille, Paris