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Société

Contre le populisme, la Présence

Directeur du Théâtre de la Bastille

Dans un monde menacé par l’empire des visibilités et les mensonges populistes, le théâtre peut fournir un remède inattendu. C’est en effet le lieu où se pense, se réalise l’expérience de la Présence, nécessaire à la création d’une relation non marchande échappant à toute technique, rare îlot d’indépendance devant les pressions consuméristes. L’enjeu n’est pas mince puisque ce qui se joue ici, c’est la liberté. Liberté de penser et de sentir, liberté de se reconstituer autre, liberté d’accéder à une identité narrative.

Lorsque Tadeusz Kantor répondait au président Jaruzelski qui lui demandait à quoi pouvait bien servir son théâtre, « à rien, Monsieur le Président, comme l’amour ! », il dévoilait avec ironie l’objet d’une profonde méditation.

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Le théâtre et l’amour ont plusieurs points de rencontre dont le majeur et le plus secret serait à mes yeux la concordance de la Présence et de la disparition. Mais il en est un autre que je crois nécessaire au premier que je nomme le récit. L’hypothèse, dont je ne prétends pas faire une vérité, consiste à postuler que l’amour est indissociable du récit de l’amour, non pas du dire de son émotion, mais surtout du récit, (de la fiction), par lequel le « Je » amoureux tente de construire l’autre dans sa complétude. C’est une expérience tragique bien sûr, puisque cet effort creuse l’écart qui me sépare de celle (ou de celui) que j’aime : l’élan vers la connaissance de l’autre me dit d’abord et continument ce qui m’en sépare.

La puiss...

Jean-Marie Hordé

Directeur du Théâtre de la Bastille, Paris