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Société

Méditations saturniennes

Historien

Pour penser le bouleversement soudain que nous vivons à l’échelle de la planète, des symboles particulièrement puissants sont requis, empruntés à des traditions religieuses ou ésotériques. Cela n’implique évidemment aucune adhésion à ces systèmes de croyance, plus simplement d’admettre que ces héritages disposent de figures mieux aptes à exprimer le sens d’une expérience historique complexe que le vocabulaire appauvri de nos technocraties.

La planète est entrée dans un moment d’exception. En quelques semaines, la forme de vie la plus archaïque qui soit a mis à l’arrêt l’économie globalisée, en paralysant tour à tour la production industrielle à flux tendus, le tourisme de masse, le trafic aérien, puis automobile. Les métropoles se sont figées pendant que le printemps jubile.

Une à une, les nations ont été mises à l’épreuve et le résultat est rarement à l’honneur de leurs dirigeants. Après quelques moments d’hésitations, plus ou moins longs selon leur degré d’intoxication à la doctrine économique, presque tous en sont venus à placer la sauvegarde de la vie humaine au-dessus de toute autre considération. L’expression « quoi qu’il en coûte » a pris une tonalité nouvelle. Il ne s’agit plus, comme en 2012, de sauver le système bancaire à n’importe quel prix, mais d’énoncer un principe bien différent : l’économie doit être temporairement subordonnée à une finalité plus élevée.

Le choix du confinement pour endiguer la pandémie a pu sembler excessif, eu égard au faible taux de létalité du Covid-19. Des fléaux bien plus meurtriers sont tolérés comme des fatalités inévitables. Il en va ainsi de la faim ou du paludisme en Afrique ...

Sylvain Piron

Historien, Directeur d'études à l'EHESS