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Santé

Covid-19 ou le degré zéro de l’empirisme

Historienne des sciences

Les chiffres de contaminations et de morts du Covid-19 sont martelés chaque jour mais il est très difficile d’établir des moyennes stables. Nous voilà catapultés au XVIIe siècle : nous vivons un moment d’empirisme zéro, un moment où presque tout est à inventer, à trouver, comme c’était le cas pour les membres des premières sociétés scientifiques – et tous les autres – vers 1660. Et l’observation, parent pauvre des statistiques et de l’expérience, redevient notre premier outil scientifique.

J’ai l’habitude de me réveiller au XVIIe siècle. En tant qu’historienne des débuts de la science moderne, c’est là que je passe une grande partie de mon de temps. Mais je trouve cela étrange que tout le monde, soudain, m’y tienne compagnie. Non, je ne parle pas de la peste. Heureusement pour nous, le Covid-19 est loin d’être aussi mortel que les maladies causées par la bactérie Yersinia pestis. De son arrivée à Pise en 1348, jusqu’à la dernière grande épidémie à Marseille en 1720, la bactérie a tué au moins 30 % de la population européenne, et probablement un nombre comparable sur son chemin de l’Asie du Sud au Moyen-Orient. Un tel pourcentage se traduirait par 99 millions de décès rien qu’aux États-Unis. Personne, pas même les épidémiologistes les plus pessimistes, ne pense que le Covid-19 emportera près d’un tiers de la population mondiale.

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Lorraine Daston

Historienne des sciences, co-directrice de l'Institut Max-Planck