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Une vitrine de saison ou la mise en mémoire du Covid-19

Professeur de littérature comparée

Il y a quelques jours le très officiel Institut Covid-19 Ad Memoriam a démarré ses travaux. « Préserver la mémoire d’une pandémie » : tel serait désormais le mot d’ordre. Invités à raconter nos expériences, nous devenons les sondes mémorielles de notre propre vécu, mais aussi, du même coup, les relais d’un discours qui porte sur un présent juste passé, mais appelé d’emblée « mémoire ». Cette mise en scène de nos expériences est une vitrine en trompe-l’œil, qui contribue à brouiller la conscience des enjeux et des conséquences de cette crise.

Avant même que le déconfinement soit effectif, on a assisté à une effloraison de projets d’archivage rappelant des initiatives équivalentes lors des récents attentats. On continue aujourd’hui de nous solliciter régulièrement pour fabriquer une mémoire locale de la pandémie mondiale. Or, contrairement à la distance que nous devons désormais pratiquer dans l’espace public, cette mémorialisation manque de recul. Si l’on peut déjà s’étonner qu’un tel présent à peine passé devienne objet d’étude, on peut aussi craindre qu’il s’agisse là d’une vitrine mémorielle contribuant à brouiller la conscience des enjeux et des conséquences de cette crise.

Après que la crise sanitaire du « Covid-19 » a été formulée en termes de guerre, on a entendu dire qu’il s’agissait plutôt d’un « temps de guerre » auquel allait naturellement succéder un « après-guerre » où le monde ne serait plus « comme avant ». Nous y sommes et, ce faisant, l’on est passé à un nouveau registre de langue pratiqué par une diversité d’acteurs parmi lesquels des chercheurs universitaires apportant avec eux leur caution scientifique. Il s’agit de garder la mémoire de ces semaines de confinement qui ont placé ...

Philippe Mesnard

Professeur de littérature comparée, Université Clermont Auvergne