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Société

Le confinement : un rite de passage forcé vers l’incertitude

Anthropologue, Ethnologue

La perspective croissante d’une deuxième vague de coronavirus a réactivé la possibilité du confinement. Pour comprendre ce « fait social total » qui menace de faire retour, et sa portée, il est utile de regarder ce que l’anthropologie nous dit des rites de passage et de ses trois phases : séparation, marge et intégration. La particularité notable du confinement étant que le rite est forcé, tout le monde n’en fait pas la même expérience, et que son issue soulève de nombreuses inconnues.

Les bouleversements provoqués par le confinement ont mis en jeu l’ensemble des dimensions humaines : le physiologique (le virus, à l’origine des perturbations), le social (la réponse institutionnelle aux perturbations) et le mental (les effets sur nos comportements). Ils rappellent en cela le « fait social total » qui, pour Marcel Mauss, dans le maillage culturel et social en place, met en branle « la totalité de la société et de ses institutions ».

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Si les difficultés actuelles ont comme origine un fait biologique, à savoir la diffusion généralisée d’un agent non humain, elles sont augmentées ici, ou atténuées là, par l’organisation sociale, antérieure et présente, qui elle-même a rendu possible l’existence-même et la diffusion du virus. S’y ajoute une inégalité des vécus qui place la crise sanitaire au carrefour d’une crise sociale et culturelle sous-jacente.

Le fait social que l’humanité a vécu peut être interprété à trav...

Patrick Gaboriau

Anthropologue, Directeur de recherche au CNRS

Christian Ghasarian

Ethnologue, Professeur à l'Université de Neuchâtel