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Santé

Revenir au monde à l’heure de l’époché sanitaire

Psychiatre et docteur en philosophie

Le dimanche quinze mars deux-mille-vingt à zéro heure, les plus visibles et les plus résistantes de nos conduites sociales, celles du travail au dehors et celles du divertissement, celles des gestes amicaux, bises, poignées de main, rassemblements et coups à boire, ont été suspendues par notre président. Nous entrions dans une inédite époché sanitaire.

La pandémie et ses conséquences inédites en santé publique nous imposent de pratiquer une action symbolique, une véritable suspension du monde qui nous plonge activement dans cette attitude de doute radical que les philosophes grecs appelaient l’époché.

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Sous ce nom le philosophe allemand Husserl faisait aussi référence à sa méthode, appelée « réduction phénoménologique ». Cette méthode consiste à suspendre tout ce que l’on croit savoir (théories, réalité, résultats d’expériences, protocoles, mais aussi par exemple ce que nous avons coutume d’appeler le moi ou la personnalité) sans préjuger de son existence dans le monde réel, et à observer ce qui reste intact après cette suspension.

Cette attitude, qui peut conduire jusqu’à la suspension de la réalité du monde, ne peut évidemment pas être tenue longtemps. Observer la réalité qui revient au galop, comme mue par une force de rappel, est d’au...

Jean Naudin

Psychiatre et docteur en philosophie, Chef de Service à l’Assistance-Publique / Hôpitaux de Marseille