Société

Ce que la mobilisation lycéenne fait des réseaux sociaux

sociologue, chercheur en sciences de l'éducation

Dans la mobilisation lycéenne en cours, TikTok, Instagram et les messageries ne servent pas seulement à diffuser des appels au blocage. Les lycéennes et lycéens y échangent des manières de faire, des informations, des conseils et leurs propres récits du mouvement. Des pratiques numériques ordinaires deviennent ainsi des ressources pour apprendre à agir politiquement.

Il suffit aujourd’hui d’ouvrir TikTok ou Instagram et de rechercher « blocus », « blocage lycée », « mouvement lycéen » ou encore « tuto blocus » pour voir apparaître une multitude de contenus liés à la mobilisation en cours.

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Des vidéos expliquent comment organiser un blocage ou répartir les rôles au sein d’un collectif. D’autres rappellent les droits en garde à vue, proposent un « tuto cagoule » pour se protéger des gaz lacrymogènes, suggèrent des slogans ou exposent les revendications du mouvement. D’autres encore montrent ce qui se passe devant les lycées, parfois au plus près des confrontations avec les forces de l’ordre.

Cette profusion de contenus est souvent saisie à travers le registre de la viralité. Les réseaux sociaux permettraient au mouvement de se diffuser, aux mots d’ordre de circuler et aux images d’atteindre rapidement un large public. C’est incontestable, mais insuffisant. Observer ce qui circule conduit à déplacer légèrement la question : il ne s’agit plus seulement de comprendre comment les réseaux sociaux rendent une mobilisation visible, mais ce que les lycéennes et lycéens font concrètement de ces espaces lorsqu’ils se mobilisent.

Car ces usages ont quelque chose en commun. Ils transforment des pratiques numériques déjà présentes dans la vie quotidienne en ressources pour l’action collective. Chercher une information, regarder un tutoriel, rejoindre une conversation, publier une vidéo ou commenter un événement peuvent alors participer à l’apprentissage de manières de faire, de normes et de catégories d’interprétation politiques. Les réseaux sociaux constituent en ce sens l’une des infrastructures sociotechniques de la mobilisation en cours : un ensemble d’espaces où l’on peut à la fois s’organiser, se politiser et se raconter.

S’organiser

La mobilisation lycéenne s’est étendue dans de nombreux établissements autour de revendications portant notamment sur les professeurs non remplacés, l’état des bâtiments scolaires, l’organisation de


[1] Zeynep Tufekci, Twitter et les gaz lacrymogènes. Forces et fragilités de la contestation connectée (2017), trad. Philippe Babo, C&F Éditions, 2019.

[2] Anne Muxel, « Les choix politiques des jeunes à l’épreuve du temps. Une enquête longitudinale », Revue française de science politique, vol. 51, 2001/3, p. 409-430.

[3] Matthieu Demory et Perrine Martin, « Capital numérique : une approche sociocritique de la relation à la culture numérique chez les adolescents en France », Médiations & médiatisations, n° 19, 2024.

[4] Julien Garric, « Blocus lycéens : pour une éducation buissonnière à la citoyenneté », AOC, 3 mai 2026.

[5] Dominique Cardon et Fabien Granjon, Médiactivistes, Presses de Sciences Po, 2010.

[6] Claire Balleys, « Que font les jeunes sur les réseaux sociaux ? », AOC, 20 janvier 2026.

Matthieu Demory

sociologue, chercheur en sciences de l'éducation, postdoctorant en sciences de l’éducation à Aix-Marseille Université

Notes

[1] Zeynep Tufekci, Twitter et les gaz lacrymogènes. Forces et fragilités de la contestation connectée (2017), trad. Philippe Babo, C&F Éditions, 2019.

[2] Anne Muxel, « Les choix politiques des jeunes à l’épreuve du temps. Une enquête longitudinale », Revue française de science politique, vol. 51, 2001/3, p. 409-430.

[3] Matthieu Demory et Perrine Martin, « Capital numérique : une approche sociocritique de la relation à la culture numérique chez les adolescents en France », Médiations & médiatisations, n° 19, 2024.

[4] Julien Garric, « Blocus lycéens : pour une éducation buissonnière à la citoyenneté », AOC, 3 mai 2026.

[5] Dominique Cardon et Fabien Granjon, Médiactivistes, Presses de Sciences Po, 2010.

[6] Claire Balleys, « Que font les jeunes sur les réseaux sociaux ? », AOC, 20 janvier 2026.