Comment être lycéen
Les lycéens réclament des moyens : plus d’enseignants, moins d’élèves par classe, des bâtiments en meilleur état, des emplois du temps moins chargés et moins morcelés… On imagine cependant assez mal que ces revendications soient la cause profonde de leur mobilisation.

Les élèves protestent partout, y compris là où les locaux sont en bon état, là où les absences des enseignants ne sont pas très nombreuses, et ces revendications n’expliquent pas à elles seules pourquoi le mouvement s’installe, ni pourquoi quelques lycées ont été dégradés.
La mobilisation lycéenne rappelle celle de 1990 et celle de 1999, mais elle va très au-delà de la seule question des moyens bien que les élèves mettent en avant le manque de moyens parce que cette revendication permet d’entrer dans un espace de discussions raisonnables et parce qu’elle reçoit le soutien des enseignants et d’une large partie de l’opinion. Mais ces luttes n’ont autant d’ampleur que dans la mesure où elles posent une question plus centrale : comment être lycéen, comment se construire comme le sujet de ses études ? La question n’est pas nouvelle. Une recherche conduite sur l’expérience lycéenne en 1989 et 1990 demandait aux élèves de plusieurs établissements assez contrastés comment ils vivaient leurs études, comment ils construisaient leur expérience[1].
Tous se posaient une question qui peut sembler naïve et déconcertante : pourquoi et comment se motiver suffisamment pour étudier, pour être ce qu’ils appelaient alors « un vrai lycéen » ? Quel sens donner à ses études, comment en être le sujet, comment avoir le sentiment que l’école vous aide à grandir ? Ces questions qui semblent bien vagues se posent aujourd’hui avec beaucoup plus d’acuité qu’il y a déjà plus de quarante ans. Mais après tout, elles ne sont guère différentes de celles que posent les travailleurs qui s’interrogent sur le sens de leur travail, pas seulement sur leurs conditions de travail, et cette critique ne date pas d’aujourd’hui.
