A Analyse

Economie

Vers une archéologie du capitalisme

Professeur de littérature et médias

Penser le post-capitalisme, c’est savoir se méfier des évolutions historiques interprétées en termes de remplacement, de succession, c’est-à-dire d’abolition de l’ancien au profit du nouveau. Au fil d’une narration linéaire où certaines causes sont dûment suivies de certains effets, il convient en effet d’ajouter une sensibilité archéologiste, qui s’efforce de creuser dans les couches plus souterraines de l’aujourd’hui pour y trouver l’efficience toujours présente de multiples hier.

On ne saurait bien entendu parler de « post-capitalisme » * sans questionner brièvement la nature du sens exact à accorder au préfixe « post- ». Que signifie donc le fait de venir après quelque chose ? Au moins deux cas de figure assez différents peuvent se présenter. En parlant de scénario « post-apocalyptique », de syndrome « post-traumatique » ou d’atmosphère politique « post-9/11 », on désigne un état de fait qui a été initié par un événement (un effondrement sociétal ou psychique, les attentats d’Al Qaeda du 11 septembre 2001), dont on étudie le déploiement ultérieur. En parlant d’œuvres « post-romantiques » ou de législations « post-apartheid », on désigne en revanche plutôt un état de fait qui s’est clos à la fin d’une période désormais révolue. On ne saurait bien sûr esquiver la question de savoir laquelle de ces deux acceptions est plus adaptée à la réouverture d’un horizon « post-capitaliste ».

Yves Citton

Professeur de littérature et médias, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, co-directeur de la revue Multitudes