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Politique

Commémorations nationales : les limites de la mémoire

Chercheuse en sciences sociales, Chercheuse en sciences sociales

La quasi-totalité des membres du Haut Comité aux Commémorations nationales vient de démissionner suite au retrait, par la ministre de la Culture, du nom de Charles Maurras de son « Livre » annuel. Les politiques de mémoire font souvent débat sans jamais qu’on interroge pour autant leur efficacité. La conviction profonde selon laquelle connaître les violences et les tragédies du passé permettrait de construire des sociétés pacifiées et tolérantes, et de prévenir la répétition du conflit violent mérite pourtant d’être discutée.

Charles Maurras a été récemment jugé « commémorable » par le Haut Comité des commémorations nationales du ministère de la Culture, puis retiré, par la ministre Françoise Nyssen, de ce petit panthéon de papier qu’est le Livre des commémorations nationales. Dernier rebondissement : dix des douze membres du Haut Comité ont, en réaction, décidé de démissionner. Seul le nom de Maurras avait émergé, dans le débat public, de l’inventaire numérologique des faits et hommes retenus par le Haut Comité pour cette année en « 8 ». L’antisémite et nationaliste Maurras aura ainsi été préféré au croisé pourfendeur des hérétiques albigeois Simon de Montfort (1218), à l’aventurière Alexandra David-Néel (1868), au libertin Bussy-Rabutin (1618). Il l’aura emporté aussi sur ces choses plus familières aux Français qu’avait pointées le Haut Comité : les Fables de la Fontaine (1668), l’armistice du 11 novembre (1918) ou peut-être les Jeux Olympiques d’hiver à Grenoble (1968, un peu avant mai). On peut profiter de...

Sandrine Lefranc

Chercheuse en sciences sociales, CNRS – Institut des Sciences sociales du Politique, Université de Paris Nanterre

Sarah Gensburger

Chercheuse en sciences sociales, CNRS – Institut des Sciences sociales du Politique, Université de Paris Nanterre