A Analyse

Numérique

A l’ombre de la maison de verre (transparence et désubjectivation 2/2)

Professeur de littérature et d'histoire des médias

Le chef-d’œuvre d’André Breton Nadja propose une réflexion profonde sur la transparence : elle est toujours conditionnée par un pouvoir et elle gagne d’autant plus d’acuité que ce pouvoir est discret, opaque. Une pensée d’une actualité remarquable dans le contexte du web 3.0, où plus les algorithmes et les données sont dissimulées, plus la transparence est plébiscitée sur les médias sociaux.

La maison de verre invoquée par André Breton dans Nadja est célèbre, elle est l’emblème d’une sorte de parti-pris du surréalisme en faveur de la transparence ou d’une fascination pour celle-ci : « Pour moi, je continuerai à habiter ma maison de verre, où l’on peut voir à toute heure qui vient me rendre visite, où tout ce qui est suspendu aux plafonds et aux murs tient comme par enchantement, où je repose la nuit sur un lit de verre aux draps de verre, où qui je suis m’apparaîtra tôt ou tard gravé au diamant [1] ».

La « maison de verre » est de manière très générale au cœur de l’esthétique surréaliste, qui se présente d’une part comme l’expression immédiate, automatique et donc authentique de la vie, certifiée sans ajout de conscience, de rhétorique et de fiction, fondamentalement autobiographique donc ; et d’autre part, à titre à la fois de cause et d’effet, comme une authenticité immédiatement communicable ou partageable. C’est parce que je me montre au regard de tous tel que je s...

Vincent Kaufmann

Professeur de littérature et d'histoire des médias, MCM-Institute de l’Université de St. Gall, Suisse