A Analyse

Ecologie

La fin du monde et le Mal qui vient

Philosophe, historien des sciences et psychanalyste

La fin du monde et de l’humanité est certaine, mais aussi inévitable quoi que nous fassions désormais et, surtout, elle est proche. Proche, mais pas imminente. Autrement dit, il ne faut pas simplement penser la fin des temps, mais les temps de la fin, ce qui exige de se souvenir et d’anticiper : de voir venir et, en voyant venir, de prendre conscience.

Qu’on se rassure : il n’entre pas du tout dans mes buts de gâcher votre rentrée en citant les chiffres effectivement catastrophiques de la canicule de cet été, d’évoquer la mousson dévastatrice qui dévaste actuellement le sud de l’Inde, de faire la moindre allusion à la fonte du permafrost (que je croyais cantonnée à la lointaine Sibérie, mais qui vient de frapper les Alpes), pas davantage de faire le rapprochement avec les nombreux abandons de politique environnementale aux États-Unis et, me dit-on aussi, en France, et moins encore, voire franchement pas du tout, avec la désertification, les famines, les crises économiques, les guerres civiles et les exodes massifs qui vont en résulter sous peu. Tous, nous avons appris à vivre avec ces petites bouffées d’anxiété où, pour le salut de notre digestion psychologique, la surface encore lisse d’un quotidien sans accidents notables enrobe des anticipations d’une amertume effroyable – et la pilule passe.

C’est qu’il y a des choses ...

Pierre-Henri Castel

Philosophe, historien des sciences et psychanalyste, Directeur de recherche au CNRS