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Politique

L’État « public-privé »

Politiste

Adoptée le 1er août, la loi « Avenir professionnel » incite les hauts fonctionnaires à exercer dans le secteur privé et révèle, du même coup, la transformation profonde du sens que l’exécutif donne à l’État. Le privé aide-t-il le public à honorer ses engagements ? Rend-il les hauts fonctionnaires meilleurs ? La loi « Avenir professionnel » est-elle la première étape d’un changement de cap qui n’augure rien de bon ?

S’il est un domaine où l’« en même temps » présidentiel semble pleinement « assumé », c’est bien dans la valorisation des capacités réformatrices de l’alliage « public-privé ». Plus encore que l’exaltation du secteur privé, c’est cet hybride qui fait figure de marque de fabrique des politiques publiques du nouvel exécutif. Parfois là où on ne s’y attendrait pas, comme quand la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité hommes-femmes, Marlène Schiappa, crée une « task force pour l’égalité professionnelle » via un « consortium public-privé » réunissant sous sa présidence des chefs d’entreprises car « la loi » ne serait plus un instrument adapté pour réaliser l’objectif de l’égalité salariale. Parfois au cœur même des compétences régaliennes quand le ministre de l’Intérieur Gérard Colomb constitue un « réseau rassemblant hauts cadres du ministère et directeurs de la sûreté des entreprises », devant favoriser un « échange d’expérience » des forces de l’ordre et des entreprises de sécurité privée.

Mais la cause du « public-pr...

Antoine Vauchez

Politiste, Directeur de recherche au CNRS