A Analyse

Société

Des ronds-points et de la condition périurbaine

Géographe

Nous traversons, avec le mouvement des gilets jaunes, une phase aiguë de crise de visibilité et de légitimité des espaces et des sociétés du périurbain. Un tel événement ne peut étonner quiconque a étudié un tant soit peu la recomposition contemporaine de la géographie française, marquée par un mouvement de périurbanisation aussi généralisé que complexe.

Si l’on voulait écrire des Mythologies à la Roland Barthes au sujet des « gilets jaunes », il faudrait consacrer un texte au rond-point ; emblématique d’un aménagement routier fonctionnaliste, chéri des ingénieurs spécialistes des réseaux routiers car il fluidifie les trafics aux intersections, il s’est imposé partout en quelques décennies à mesure que la périurbanisation et la voiture individuelle affirmaient leur empire. Cet objet anodin et banal est pourtant devenu pendant quelques semaines un lieu névralgique où le mécontentement social se « précipitait » – au sens de la chimie. Ainsi, en peu de jours, une nouvelle géopolitique a émergé au sein du territoire national.

Les « gilets jaunes » habitent le périurbain diffus, ils en connaissent les forces et les faiblesses. Tous automobilistes, ils savent d’expérience, parce qu’ils le vivent quotidiennement, qu’un rond-point est un connecteur qui permet de commuter entre les différents espaces qu’il joint et, surtout, qui assure l’accès à toutes les implantations périphériques devenues indispensables aux fonctionnements urbains : centres commerciaux, zones d’activités, grands agrégats d’entrepôts logistiques, parcs de loisirs, équipements touristiques et d...

Michel Lussault

Géographe, Professeur à l’Université de Lyon (École Normale Supérieure de Lyon) et directeur de l’École urbaine de Lyon