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À l’homme qui n’aimait pas les femmes de cinquante ans

Politiste

En déclarant être « incapable d’aimer une femme de 50 ans », Yann Moix n’a pas fait état d’un désir singulier, il a commis un acte politique. Si l’injustice de la hiérarchisation des corps et la dévalorisation des femmes de plus de cinquante ans est largement enracinée socialement, cette déclaration révèle un processus de mise de côté, voire l’invisibilisation de ces femmes à travers l’un des derniers tabous de notre temps, celui de la ménopause.

Dans ce qu’il faut bien appeler désormais « l’affaire Yann Moix », le plus choquant ne réside pas là où l’on croit. Qu’un homme affiche son goût pour les femmes jeunes, qu’il aille jusqu’à déprécier explicitement les plus âgées, qu’ils se permettent une comparaison odieuse entre les corps des unes et des autres, tout cela relève finalement d’une logique bien connue et, pour tout dire, aussi vieille que le monde : sur le marché de la conjugalité et du sexe, les plus jeunes, qui sont aussi les plus fermes, les plus lisses, les moins expérimentées, ont toujours été et continuent d’être prisées. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de nos sociétés de l’émancipation que d’articuler ainsi une liberté nouvelle et, pour tout dire, assez inouïe, relativement à ce que les femmes font de leurs corps, et un ensemble de sommations esthétiques toujours plus pressantes.Yann Moix est en quelque sorte le symbole incarné de ce système de représentations profondément inégalitaires qui voit le corps masculin considéré au double prisme de la permanence et de l’activité, valorisé tant qu’il reste agissant par-delà les stigmates du vieillissement, quand le corps féminin se conçoit...

Camille Froidevaux-Metterie

Politiste, Professeure de science politique à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et membre de l'Institut Universitaire de France