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Politique

« Parce que c’est notre rejet » : poétique des Gilets Jaunes

Enseignant-chercheur en littérature

Il y eut les chansons de la Commune puis les slogans de Mai 68. Il y a désormais les petites phrases des Gilets Jaunes : une abondante production littéraire sauvage, souvent décalquée de la culture populaire contemporaine ou plus ancienne et d’abord marquée par l’humour, le rire. Un rire de plus en plus jaune.

Lors de la Commune et de Mai 68, auxquels le mouvement des Gilets jaunes se réfère volontiers, la parole officielle des meneurs a été prolongée par des discours parallèles, de natures diverses, fonctionnant comme une béquille à la réflexion idéologique, la synthétisant à travers des formes moins rigides et susceptibles d’assurer une large diffusion des revendications et enjeux du mouvement : ce furent les chansons de la Commune (celles-ci héritant partiellement du répertoire de 1848) et les slogans de Mai 68, accueillis par des affiches, banderoles et autres tags apposés sur les murs. Les mêmes pratiques ont été mobilisées par les Gilets jaunes au cours des derniers mois : elles reposent sur une dynamique collective et anonyme, sur la capacité à investir des supports artisanaux et, souvent, sur une poétique du détournement ; l’ensemble favorise l’émergence d’une parole vive dans la logique d’un défouloir où se croisent élans lyriques, comiques et virulents.

Il n’est pas toujours aisé d’étudier ces productions « sauvages » (selon la formule utilisée par Jacques Dubois dans L’institution de la littérature po...

Denis Saint-Amand

Enseignant-chercheur en littérature