A Analyse

Rediffusion

Le cap et la pédagogie – à propos du néolibéralisme et de la démocratie

Philosophe

L’insurrection populaire qui s’est levée le 17 novembre 2018, et dont personne ne peut prédire ce qu’elle deviendra, aura au moins mis le doigt sur une vérité essentielle : le nouveau libéralisme transforme nécessairement la démocratie élective en un régime autoritaire, ce que rappelle à chaque fois l’usage continu par le pouvoir des expressions « maintenir le cap » et « faire la pédagogie ». Rediffusion 1er mai.

 

 

« Maintenir le cap » : tel serait le critère du bon gouvernement. Et mener « la pédagogie des réformes » : telle serait, en contexte démocratique, la seule méthode envisageable de navigation. Viser toujours la même direction, garder bien droit le gouvernail en dépit des remous, des vents contraires et des tempêtes – le fameux cap –, et y parvenir grâce à ce que le dictionnaire définit comme « la science de l’éducation des enfants » – la fameuse pédagogie –, ce serait donc là le nouvel art de gouverner. Ces deux métaphores, inlassablement reprises par les gouvernements successifs depuis au moins trois décennies, ne sont pas seulement ce que les communicants appellent des « éléments de langage ». Ce vocabulaire est bien plus intéressant. Il révèle de manière très rigoureuse le sens du nouveau libéralisme qui a émergé aux États-Unis dans les années 1930 et qui n’a cessé de se diffuser ensuite à l’ensemble du monde, en se baptisant lui-même du nom de « néolibéralisme ».

Le cap, d’abord. Non pas laisser faire, comme dans le libéralisme classique, mais imposer à la société la direction qu’elle doit suivre. Cette direction, c’est celle de son adaptation pro...

Barbara Stiegler

Philosophe, Professeur de philosophie politique à l’Université Bordeaux-Montaigne