A Analyse

Rediffusion

Cinquante nuances d’adversité – pluralisme et espace public

Philosophe

Le pluralisme est signe de vitalité démocratique, c’est une chose entendue. Mais de quoi parle-t-on quand on parle de pluralisme ? Bien trop souvent, les débat sont occultés par un pseudo pluralisme, réduits à des oppositions binaires qui ne rendent pas justice à la complexité des sujets. Pire, l’analyse d’un certain nombre de débats publics récents montre l’émergence d’un anti-pluralisme qui entrave l’élaboration de solutions justes et efficaces pour traiter les problèmes que rencontrent aujourd’hui les sociétés démocratiques. Rediffusion du 21 mars 2019.

L’actualité en France nous l’indique de façon spectaculaire, voire sidérante : les démocraties libérales sont aujourd’hui profondément divisées, traversées par des crises continuelles qui interrogent leurs identités et leurs orientations. En témoignent les polémiques, à la fois récentes et récurrentes, sur des sujets aussi divers que la justice fiscale, les flux migratoires, la PMA, le port des signes religieux ou la répartition du pouvoir politique. Si de telles polémiques éclosent et perdurent, c’est parce que la France, à l’instar des autres démocraties libérales, est traversée par le pluralisme. De multiples conceptions du bien et du juste ne cessent de se confronter au sein de notre société.

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Ce pluralisme politique et moral peut faire l’objet de deux lectures opposées. Selon une première lecture, le pluralisme serait intrinsèquement mortifère : il constituerait une menace larvée pour l’ordre public, le symptôme d’une périlleuse fragmentation de l’espace social risquant de faire basculer la démocratie dans le chaos et la sédition....

Jérôme Ravat

Philosophe, Professeur en classes préparatoires