A Analyse

Société

Vivre autrement

Anthropologue, sociologue et médecin

Réfléchir à ce que signifie « être vivant », c’est aussi prendre en compte la dimension active de l’expression, comme le suggère le détour par l’anglais, qui la traduirait par « to live ». À ce titre, la vague de mouvements sociaux survenue partout dans le monde au cours de l’année 2019, s’élevant contre une existence de plus en plus contrainte, résonne comme une puissante volonté de vivre autrement. Un article publié à l’occasion de la Nuit des idées 2020 dont le thème est « Être vivant ».

Être vivant. Tel est le thème de la Nuit des idées, belle et riche initiative qui, une fois l’an, permet à des chercheurs, des auteurs et des artistes de rencontrer des publics, en France mais aussi en de nombreux lieux de la planète. L’intitulé de cette année, être vivant, est volontairement ambigu. Groupe nominal, l’expression désigne tout individu ou toute espèce qui présente des propriétés caractéristiques de la vie, qu’il s’agisse d’un animal, d’une plante, d’un agent microbien, voire d’un esprit surnaturel ; un être vivant s’oppose ici à un être inerte. Groupe verbal, la formule indique en revanche le fait d’exister en présentant certains caractères qu’on attribue à la vie dans cet intervalle de temps qui sépare la naissance de la disparition ; être vivant a alors pour antonyme être mort. Cette distinction n’est pas seulement grammaticale ou sémantique. Elle porte en elle des implications bien différentes dans le débat d’idées contemporain.

Dans le premier cas, s’intéresser aux êtres vivants, c’est démarquer les sciences humaines de leur objet principal, à savoir l’être humain. Une critique de l’anthropocentrisme s’est en effet développée au cours des ann...

Didier Fassin

Anthropologue, sociologue et médecin, Professeur à l’Institute for Advanced Study de Princeton et au Collège de France ; directeur d'études à l’École des hautes études en sciences sociales