C Critique

Théâtre

Sa cassette ou le « non-ruissellement » – sur L’Avare de Lagarde

Journaliste

On connaît des misanthropes et des hypocondriaques, comme on connaît des pervers ou des hystériques. Mais de tels avares ? Harpagon paraît moins un type qu’Alceste ou Argan : c’est plutôt un pur vecteur de désordre. Ce qui donne l’occasion à Ludovic Lagarde d’une mise en scène très chorégraphiée, comme une guerre de positions entre les corps, pour « s’interroger sur ce qui, aujourd’hui, fait rétention ».

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Harpagon débarque sur scène dans le sang : coup de boule par food-truck interposé sur le nez de La Flèche. Il ne court pas après son valet comme on a coutume de le mettre en scène. Il se lave les mains minutieusement derrière un évier, tente de chasser l’autre par ses ordres : « sors vite, que je ne t’assomme. » Sadique, nettoyeur, marionnettiste d’autrui par la seule parole : incarné par Laurent Poitrenaux, le personnage garde ces rigides attributs tout au long de la fascinante version que signe Ludovic Lagarde de la pièce de Molière. La pulsion de mort qui agite l’avare affaiblira certes peu à peu sa position parmi les siens, mais elle lui assurera un triomphe autoérotique dont la forme finale, imaginée par le metteur en scène, reste à coup sûr gr...

Eric Loret

Journaliste, Critique