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Avec le Festival de Pingyao, Jia Zhang-ke entreprend de transformer tout le cinéma chinois

Journaliste

Du 11 au 20 octobre a eu lieu la deuxième édition du Pingyao Crouching Tiger Hidden Dragon International Film Festival, dans la province chinoise du Shanxi. Il existe des milliers de festivals de cinéma dans le monde. Mais celui-là est particulier : Pingyao est très loin d’être le plus grand festival du monde, mais c’est peut-être le plus important, au sens où s’y joue possiblement une partie décisive pour l’avenir du cinéma chinois, et pas seulement. Disons, d’une certaine idée de la culture, pour le monde entier.

A l’initiative du festival, et à sa direction effective, se trouve un personnage singulier. Jia Zhang-ke s’est dès ses débuts (Xiao-wu, artisan pickpocket, 1999) imposé comme un cinéaste majeur. Ses films depuis n’ont pas seulement confirmé l’immensité de son talent dans les registres de la fiction et du documentaire, avec notamment Platform, Plaisirs inconnus, The World, Still Life (Lion d’or à Venise en 2006), A Touch of Sin, Par-delà les montagnes en attendant le prochain Les Eternels. Il aura aussi été, comme réalisateur, le meilleur témoin de l’extraordinaire bouleversement que connaît le pays le plus peuplé du monde au cours de l’entrée dans le 21e siècle. Témoin critique mais attentif et sensible au basculement de la République populaire de Chine dans le rôle de grande puissance mondiale, il en explore les formes et les effets, et met en évidence les coûts humains et environnementaux dramatiques qui les accompagnent.

Mais Jia n’est pas seulement un des grands artistes de notre temps. Il est aussi un stratège qui, depuis sa position de cinéaste, a toujours travaillé à modifier les rapports de force, au-delà de son cas particulier. Si ses trois premiers longs métrages ont été (et restent) interdits en Chine, tout comme son plus grand succès à l’étranger, A Touch of Sin, il s’est toujours battu pour que ses films puissent être vus du public chinois – et pas seulement les siens : il a été l’avocat auprès des autorités de tous les assouplissements envisageables dans le cadre d’un système qui demeure hyper-contrôlé, tatillon et imprévisible. Il se distingue en cela de nombre de ses confrères célébrés en Occident, qui tels Wang Bing ou Lou Ye ont fait le choix de tourner ce qu’ils souhaitent et de n’avoir de spectateurs que hors de leur pays.

Ayant dès ses débuts construit les conditions matérielles de son art avec la mise en place de réseaux de financements associant investisseurs privés chinois et étrangers (japonais et français), puis dès qu’il a pu un studio d’


Jean-Michel Frodon

Journaliste, Critique de cinéma et professeur associé à SciencesPo

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