C Critique

Littérature

Houellebecq, grand consolateur ?

Critique Littéraire

Quelle lecture partielle que celle qui fait de Michel Houellebecq le grand romancier du découragement, des affres réactionnaires et de la lassitude du monde néolibéral ! L’œuvre de Houellebecq, ainsi que la lit Agathe Novak-Lechevalier dans Houellebecq, l’art de la consolation, sait se donner parfois quelques accents prophétiques et dépasser la fadeur du réel pour chercher « la poursuite du bonheur », la « possibilité d’une île » et, bientôt, la sérotonine…

L’essai d’Agathe Novak-Lechevalier, Houellebecq, l’art de la consolation (Stock) avance une thèse qui pourrait en première lecture prêter au plus grand étonnement : loin de nous faire désespérer du monde contemporain qu’elle dépeint, l’œuvre de Houellebecq nous inviterait à nous en consoler. Guidé par une formule paradoxale de d’Aurélien Bellanger pour qui Houellebecq nous conduirait « à désespérer de son désespoir » et par le sentiment que l’auteur de La Carte et le territoire viserait à excéder la négativité qu’on lui attribue, Agathe Novak-Lechevalier propose de rouvrir le procès d’anti-humanisme dressé tant de fois à Houellebecq – le romancier, consulté par Agathe Novak-Lechevalier, ayant donné son imprimatur à cette notion de consolation : « il y a un morceau de Liszt, que j’ai beaucoup écouté à une époque, et dont le titre complet est, enfin si je me souviens bien, Consolation – prière aux anges gardiens. Je crois que j’ai peu entendu de choses aussi belles. Si c’est cela, ce que vous appelez la consolation, alors oui, je suis d’accord » accorde le romancier.

On part donc de loin : depuis que Jean-Marie Rouart a condamné radicalement « le déprimism...

Alexandre Gefen

Critique Littéraire, Directeur de recherche au CNRS - Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle