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Théâtre

Retour hélas manqué à Reims – quand Ostermeier dilue Eribon dans l’actu

critique

En dépit d’une impeccable Irène Jacob et d’un dispositif théâtral intéressant, le grand Thomas Ostermeier prend le risque d’affaiblir sur scène le puissant texte autobiographique de Didier Eribon, Retour à Reims, en y ajoutant des digressions parfois faibles qui semblent viser à flatter le spectateur, ravi de retrouver sur scène ce qu’il a vu au JT la veille. Dommage.

Il y a dix ans paraissait en France le récit intime d’une personnalité très largement reconnue du monde intellectuel, Didier Eribon. Sociologue, biographe de Michel Foucault, penseur pivot de la question gay, Eribon n’était pas le premier à s’essayer à la confession au sens littéraire. Les intellectuels qui inventent des concepts dont ils usent avec force pour déchiffrer la vie autour d’eux et en eux sont nombreux à revenir sur leur moi le plus enfoui. Tous n’y parviennent pas. L’autobiographie n’est pas l’analyse de l’ordre du monde, il vaut mieux commencer par séparer les deux genres pour apprécier à leur juste valeur les écrivains qui arrivent justement à les fondre. Dès 2009, année de la publication originale  de Retour à Reims, il fut clair que le sociologue avait réussi la fusion.

La presse, les écrans, les réseaux sociaux, les selfies : tout porte à croire qu’un claquement de doigt, plus ou moins complaisant ou plus ou moins impertinent, suffit à faire de soi une matière à penser. C’est une illusion. Il faut, pour y p...

Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice