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Littérature

Drôles de malfaçons – À propos de Propriété privée de Julia Deck

Critique

Avec Propriété privée, Julia Deck excelle dans la satire féroce des mœurs de banlieue, avec ses bruyants barbecues, son vide grenier qui demande de « se soûler tout un dimanche en exhibant ses rebuts », sa convivialité carcérale. Sous le vernis de la normalité petite-bourgeoise de chacun, les excentricités insoupçonnées se révèlent peu à peu, laissant transparaître, à travers une grande économie de moyens, la beauté et la poésie d’une héroïne décidément attachante.

Quand vous emménagez dans un lotissement neuf, fût-il luxueux, il faut s’attendre à ce que la réalisation du projet architectural ne soit pas conforme en tous points à vos attentes. Et si vous-même, vous êtes architecte-urbaniste, il y a des chances pour que l’écart entre votre projection dans cet habitat idéal et la réalité soit assez important. C’est ce qui arrive à la fragile narratrice de Propriété privée, le nouveau roman féroce, drôle, mais aussi très habilement tendu de Julia Deck. Les malfaçons seront nombreuses dans « l’allée », où s’alignent huit pavillons de luxe dans une banlieue desservie par le RER, qui s’embourgeoise. Beaucoup de relents putrides vont se faire sentir sous l’herbe trop verte, et au fil de la lecture, on aura peur de découvrir un cadavre d’animal domestique dans le composteur, à moins que ce ne soit une voisine en décomposition dans le trou quasi-infernal des travaux du gaz, qui ne se referme jamais…

Françoise Cahen

Critique, Professeure de lettres en lycée, Chercheuse en littérature