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Brésil : le laboratoire intersectionnel du néolibéralisme

Sociologue

Au Brésil, on fait aujourd’hui l’expérience d’un drôle de travestissement, où la parodie démocratique se mêle au renversement rhétorique de la hiérarchie des privilèges. Classe, sexe et race : la notion d’intersectionnalité est utilisée tout en inversant sa visée émancipatrice. C’est le moment néofasciste du néolibéralisme.

Le Brésil de Bolsonaro n’est pas une exception ; on ne peut pas le réduire à une aberration culturelle. Au contraire, il est exemplaire : il illustre une dérive populiste qui touche d’autres pays dans d’autres régions du monde – comme la Turquie d’Erdoğan, la Hongrie d’Orbán, ou les Philippines de Duterte. On parlera même, avec le philosophe brésilien Vladimir Safatle, d’un « laboratoire mondial dans lequel sont testées les nouvelles configurations du néolibéralisme autoritaire, où la démocratie libérale est réduite à une simple apparence. »

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On peut d’ailleurs faire le parallèle avec le Chili de Pinochet, qui a déjà servi de laboratoire néolibéral après le coup d’État de 1973. Dans les deux cas, il s’agit bien d’écarter un parti de gauche soutenu par les classes populaires (c’était encore le cas dans l’élection brésilienne de ...

Éric Fassin

Sociologue, Professeur à l’université Paris 8