C Critique

Littérature

Martin en notre jardin d’Eden – à propos d’ Un autre Eden de Bernard Chambaz

Écrivain

On n’entre pas seul au jardin d’Eden, et c’est accompagné de ses propres fantômes, dont il ravive l’écho, que Bernard Chambaz invoque conjointement le souvenir de son fils disparu, Martin, et de Jack London qu’il rêve parcourant une nouvelle fois, mais cette fois-ci à ses côtés, les espaces canadiens aux infinis possibles.

Si les enfants ont une telle peur des fantômes c’est qu’ils ne les reconnaissent pas, ils sont bien trop jeunes : ne les ayant pas connus vivants, ils ignorent lesquels sont haïssables, lesquels désirables, lorsqu’ils s’y cognent à chaque coin de nos phrases, de nos mots, quand d’une mimique ou d’une tournure d’esprit nous les laissons revenir dessous la conversation – et subitement flotte une présence, derrière le rideau, sous la table ; l’enfant ne saurait dire où précisément mais qu’on ne lui demande plus d’aller se coucher seul. Les fantômes sont partout, dans nos langues qu’ils ont façonnées, et combien de vivants réputés tels qui le sont déjà un peu, fantômes d’eux-mêmes ? La frontière est si poreuse. Moi-même, certains jours, j’avoue être pris de doutes. Ne suis-je pas l’un seulement de cette foule de fantômes que j’ai rêvé devenir ?

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Ce qui est sûr, c’est que la bibliothèque leur est un jardin d’Eden, à ces fantômes qui, d’être morts, ont cessé de vivre, mais pas d’exister. À qui en douterait on ne saurait trop ...

Bertrand Leclair

Écrivain, Critique littéraire