C Critique

Musique

Mettre la douleur en mots – sur Ghosteen de Nick Cave

Écrivain

Avec Ghosteen, Nick Cave livre sans doute son album le plus abouti, déchirant malgré sa réserve, dans lequel il revient sur la mort de son fils aîné Arthur, la veille de ses quinze ans. Il nous y entraîne comme en un monde souterrain qu’il étend en autant de nappes sonores, au sein duquel les paroles seules s’offrent clairement – et reste fidèle en cela aux mots célèbres de Macbeth : Give sorrow words.

Décidément, on n’en finit jamais avec les fantômes. Et c’est heureux comme ça.

Ghosteen le rappelle à bon escient. L’album de Nick Cave est placé sous leur signe. On sait qu’en anglais ghost c’est le fantôme ou le spectre et que teen c’est l’âge de l’adolescence. Le mot va donc de soi. Accessoirement, on peut se rappeler que the Holy Ghost c’est le Saint-Esprit, celui qui ac­compagne le père et le fils, et qui s’exprime en un souffle.

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Il y a des fantômes qui nous hantent. C’est un beau verbe, hanter, qui dit la présence, l’obsession d’une présence donnée, ni la peur ni le tourment a priori. Le mot vient pour une part de l’anglais, des romans fantastiques visités par des revenants. Ainsi les fantômes habitent notre conscience, nos bi­bliothèques, nos paysages, nos cabanes aux marges des jardins. Ils sont de l’ordre de l’apparition – quelque chose (quel­qu’un) qui a disparu et qui réapparaît, au moins à sa façon. La quest...

Bernard Chambaz

Écrivain, Poète