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Cinéma

Force à la loi – sur Les Misérables de Ladj Ly

Critique

Qui tirera le premier ? Les Misérables est un film d’une incroyable puissance sensorielle, qui nous arrime à un fatum à la réalisation duquel nous ne pouvons qu’assister – réduits à nous demander qui, de l’inéluctable violence, sera le premier agent. Et c’est dans la liberté de la fiction, une fois encore, que Ladj Ly signe une œuvre bouleversante, et profondément juste.

Qui s’est intéressé aux bavures policières dans les cités sera peut-être surpris de ne pas assister au brûlot politique qu’il attendait. Qui a lu Le combat Adama signé Assa Traoré et Geoffroy de Lagasnerie également. En fait de critique frontale et radicale de la police, le film brosse un portrait autrement nuancé des rapports entre celle-ci et les jeunes banlieusards.

Comment décrire l’état de nerf dans lequel nous conduit ce film, sa puissance sensorielle ? Il nous laisse à la fois hagards et électrisés, foudroyés et désemparés. En dépit de ses défauts, irrésistiblement il nous travaille. Car sa force de frappe est torrentielle. Car il débouche sur un constat alarmant, qui entérine sinon décuple par la puissance de la fiction et des moyens cinématographiques nos craintes les plus abyssales quant au devenir de la France, à la possibilité qui semble s’effriter du vivre-ensemble entre divers groupes sociaux.

Dans la banlieue de Montfermeil, des gitans d’un cirque itinérant ont perdu Johny, leur lionceau. Ils menacent de mettre le feu aux poudres si les jeunes de banlieue, qu’ils accusent, ne le leur rendent pas au plus vite. L’équipe de la BAC s’empresse alors de retrouver l’animal, ma...

Aurélien Gras

Critique, Doctorant en études cinématographiques