C Critique

Hommage

Bretécher et nous

Journaliste

Le 10 février dernier mourait Claire Bretécher, à l’âge de 79 ans. Figure pionnière de la bande-dessinée humoristique française, l’artiste a su mieux que personne raconter la société et ses travers avec une acuité presque sociologique, corrosive par sa lucidité, pratiquant finalement un humour qui se moque de ses propres dénis. À ce titre, Bretécher restera intemporelle.

Nous avons vingt ans, nous sommes dans les années 80, la scène se passe à Paris ou en province, nous sommes en hypokhâgne ou en khâgne, nous lisons Artaud, Bataille, Céline et Genet. De la bande dessinée, nous ne savons que les Astérix et Tintin de notre enfance, puissances toute régnantes. Pour certains, il y a eu Pilote aussi, magazine instillé par une tante ou un frère plus dessalé·e, qui lisait des BD « pour adultes », érotiques ou non : je parle ici du prolétariat pas lumpen d’après-guerre, mi-figue mi-raisin face à mai 68 – pas assez bourgeois et trop éduqué pour se lancer dans la révolution, néanmoins volontaire pour en cueillir les fruits circonspects.

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Dans Pilote, Gotlib parlait d’Antonioni et de Robbe-Grillet. Bretécher nourrissait sa Cellulite, moins évidente pour des marmots piqués de sémiologie : en lisant Gotlib à huit ans on se sent malin, en lisant Bretécher, on se sent crétin. Cette parentèle qui lisait Pilote dévorait aussi...

Eric Loret

Journaliste, Critique