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(Re)voir au temps du confinement

Pourquoi espionner ses voisins en temps de confinement – à propos de Fenêtre sur cour

Critique

Que nous donne à voir le Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock, sinon ce moment de bascule où se crée, par l’irruption d’un drame partagé, une convergence des regards ? Autant de vies parallèles se nouent alors autour d’un fil narratif mis en commun : le voisinage s’élabore, dans la réciprocité qu’engage le passage de l’œil spectateur à l’œil voyeur – car regarder vers là-bas, c’est en retour admettre que ce qui se passe là-bas me regarde.

C’est sans doute le premier signe de l’étendue de notre tissu social, et surtout de sa souplesse ou de sa distension. Quand les uns meurent, les autres s’ennuient. Certes, il y a là une affaire de proximité : globalement on aime son prochain à mesure qu’il est proche de nous. Et puis, petit à petit, la mort se rapproche. Elle s’étend en Chine, enfonce les portes européennes, sévit en Italie ; l’épidémie est toute proche, l’épidémie est en France. Mais comme si ce n’était jamais assez proche, on continue de s’ennuyer ; quand les services de réanimation du Grand Est se trouvent saturés, les Parisiens saturent à touche-touche les quais de leur ville.

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Il y a un bon sens étonnant aux expressions familières. La collocation des termes de « mourir d’ennui » déplie à elles seules certaines implications du divertissement pascalien, car cet ennui que l’on craint en absence de tout divertissement est propice à l’idée de mort, qui s’invite pour vous ennuyer d’autant plus et couvrir...

Rose Vidal

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