C Critique

Littérature

Une œuvre au noir – sur Walker de Robin Robertson

Professeur de littérature anglaise

Dans son roman-poème Walker, l’Écossais Robin Robertson fait flâner le protagoniste et le lecteur dans la Los Angeles des années 50, capitale du cinéma et du polar – « Capitale de la douleur », aussi. En effet, dans ce texte magnifique tout en éclats et en éclipses se révèlent les violences de l’Histoire, en particulier le traumatisme de la deuxième guerre mondiale et la brutalité de la ségrégation. Noir, telle est la couleur de cette écriture : noir du polar, noir de la nuit. Œuvre « au noir » enfin, car fruit d’une alchimie poétique sous le signe de la mort.

On rêverait, pour rendre compte de Walker, roman-poème de l’Écossais Robin Robertson, et de la profonde trace qu’il laisse dans les tripes et la mémoire du lecteur, d’une forme différente de celle adoptée pour les recensions ordinaires. Une forme pour une fois créative. Une forme-miroir, quasi mimétique, qui répondrait à l’étoilement sur la page des bouts de récits et autres séquences de poèmes qui forment la trame de cet hommage, très sombre – mais la lumière n’en est pas absente – rendu à la Los Angeles des années 50, capitale du cinéma et du polar – « Capitale de la douleur », aussi. Mais ce serait se substituer au poète, et on en serait bien incapable.

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Et puis, cette forme, elle existe déjà : ce serait le poème de Baudelaire, « Le Cygne », composé alors que les grands chantiers haussmanniens éventrent Paris, et que l...

Marc Porée

Professeur de littérature anglaise, École Normale Supérieure (Ulm)