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Société

Lettre d’un survivant de la première vague

Politiste

Le couvre-feu, nouvelle arme de lutte contre la propagation du Covid-19, a tout de suite été commenté comme une atteinte aux libertés au nom de la sécurité sanitaire. Le débat monte depuis plusieurs semaines : faut-il protéger les vies au détriment de la vie ? De quoi susciter la colère d’un « survivant de la première vague » qui témoigne ici de ce qu’il a subi dans son corps, et appelle à un peu plus d’humilité celles et ceux qui prétendent parler au nom de la liberté et de la vie.

J’entends de beaux esprits affirmer qu’il vaut mieux attraper le Covid en démocratie ; qu’il vaut mieux se contaminer à l’envi au nom de la vie. Après plus de 30 000 morts en France et près d’un million de morts dans le monde, la déroute des sachants de la médecine face à cet être minuscule n’a décidément pas suffi à calmer des arrogances installées.

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Je crois que sous les étoiles lumineuses de la belle Europe qui m’offre l’hospitalité depuis plusieurs années déjà, la philosophie, en d’autres temps, a su se faire plus modeste, l’art plus intelligent et généreux, la désinvolture plus discrète. D’où parle-t-on donc ? Cette tournure de questionnement a peut-être encore tout son sens aujourd’hui face à cette pandémie. Et à partir de quelle réalité parle-t-on ? Celle de gens socialement déjà installés dans des bulles résidentielles et territoriales protégées ? Celle de gens qui n’ont pas leurs habitudes de table dans les bars populaires mais dans des restaura...

Claude Mbowou

Politiste, Chercheur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne