Cinéma

Fatigue urbaine et réconfort tactile – à propos de quatre films de Tsai Ming-liang

Critique

Tsai Ming-liang serait-il, malgré lui, le prophète de notre quotidien désenchanté en temps de pandémie ? Quatre films le laissent penser : ses trois premiers longs-métrages édités récemment en DVD, et le dernier, Days, visible jusqu’au 1er février sur la plateforme d’Arte. Le réalisateur taïwanais n’a cessé d’explorer le mal-être urbain comme une maladie contagieuse, et d’y opposer des remèdes aussi poétiques qu’ambigus.

Comment l’œuvre d’un tel cinéaste, prise à ses deux extrémités, nous regarde à nouveau ? Ce cinéma-là n’a rien d’un cinéma d’anticipation et pourtant, il regorge d’images fortes sur des motifs auxquels nous sommes tristement habitués depuis près d’un an : la contamination invisible et la ville soumise à une nouvelle arythmie. Tant et si bien que – et même si ce raccourci est réducteur – Tsai Ming-liang en devient presque malgré lui le prophète de notre quotidien désenchanté en temps de pandémie.

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Quoi de commun entre des films tournés à Taipei il y a trois décennies et notre quotidien confiné ou soumis à couvre-feu ? Bien au-delà des différences d’époque et de culture, les vies sociales et intimes des personnages de Tsai Ming-liang sont soumises à une incertitude et à une précarité qui fait écho à la lente aliénation qui est la nôtre depuis un an. Que nous révèlent déjà les synopsis minimalistes ? Les rebelles du dieu néon : un jeune homme est fasciné par un trio de jeunes braqueurs de machines à sous, et abandonne ses études et le modèle de vie sociale prôné par sa famille. Vive l’amour : trois âmes esseulées trouvent refuge dans un grand duplex vide, et entament un involontaire jeu de chassé-croisé où les sentiments conjurent difficilement leur solitude. La Rivière : Après s’être baigné dans les eaux polluées d’une rivière, un jeune homme est victime d’un étrange et incurable mal articulaire qui va jusqu’à saper au plus profond ses relations familiales.

En face de ce trio fondateur, Days est une forme de retour aux sources, aussi bien thématique que formel, même s’il s’agit du film le plus narrativement dépouillé. Bangkok, ses rues, ses marchés, ses bains. Le cadre d’une brève rencontre sensuelle, sans suite et sans dialogue entre deux hommes, l’un malade, en quête de guérison, l’autre, exilé, en quête de travail. Soit autant d’histoires hantées par le spleen urbain et la propagation d’un insidieux mal-être dans la cité.

Le cinéma de Tsai Ming-liang pren


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