Culture

Littérature à géométrie variable – à propos des performances narratives

Écrivaine

Loin de la représentation que l’on se faisait de l’auteur reclus, le métier littéraire tient désormais de l’activité de terrain poreuse au réel, de l’activité relationnelle. Auteurs et autrices se prêtent au jeu de la performance narrative, usent des « conférences-performances » pour faire de la rencontre publique une œuvre orale autonome. Le festival Extra ! qui se tient au Centre Pompidou jusqu’au 19 septembre est un des lieux qui reconfigurent la géométrie du paysage littéraire.

Parmi le bouquet de manifestations accompagnant la rentrée littéraire, le festival Extra ! de Beaubourg, qui s’est ouvert le 8 septembre, occupe une place singulière en tant qu’il prend acte des extensions de la littérature hors du livre. Si la rentrée littéraire a sa place dans le festival (une dizaine d’auteur.rice.s y ont présenté leurs ouvrages ce week-end), la manifestation a depuis 2017 la particularité de mettre en avant les autres formes moins connues et reconnues du littéraire : expositions, interventions, films, performances poétiques ou narratives. Sera remis, en fin de festival, le prix Bernard Heidsieck dont le principe invite à repenser les catégories, puisqu’il récompense une œuvre poétique quel que soit son medium de publication, visuel, sonore, scénique, écrit.

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Je parlerai ici de l’une de ces formes de littérature live, hors du livre, les performances narratives, en montrant comment ce format scénique est partie prenante d’une littérature à géométrie variable qui, selon les circonstances et les œuvres, se reconfigure au gré de divers mouvements : s’étend, se déplace, s’ouvre, s’embarque, mais aussi se décale, se recentre et se reconcentre.

Configuration 1 Livre et extensions

C’est un fait désormais largement repéré : au cours des trois dernières décennies, l’activité littéraire s’est transformée. En cette période de rentrée littéraire, les auteur·rice·s sont appelé·e·s à accompagner leurs livres en personne, dans des librairies, des festivals, à monter sur scène pour y lire leurs textes. S’éloigne par-là la représentation qu’on avait de l’auteur isolé dans le silence de sa chambre, n’en sortant que le temps d’une brève interview avant d’y retourner. Le métier littéraire tient à présent de l’activité de terrain poreuse au réel, de l’activité relationnelle.

Le Brouhaha, qui donne son titre à un livre de Lionel Ruffel[1] sur le contemporain et les nouveaux équilibres modifiant profondément création et diffusion artistiques, a largement remode


[1] Lionel Ruffel, Brouhaha, Lagrasse, Verdier, 2016.

[2] Alexandre Gefen, L’idée de littérature. De l’art pour l’art aux écritures d’intervention, Paris, Corti, 2021.

[3] Voir l’important numéro de la revue Littérature : Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel (dir.), La Littérature exposée. Les écritures contemporaines hors du livre, Littérature, n°160, Larousse, décembre 2010.

[4] Voir Olivier Bosson, L’échelle 1:1. Pour les performances conférences et autres live, Paris, Van Dieren, 2011.

[5] Dominique Maingueneau, Le discours littéraire. Paratopie et scène d’énonciation, Paris, Armand Colin, 2004

[6] Ibid., p.85.

[7] J’emprunte le terme « néo-conteur » à Nicolas Fourgeaud, « Les conférences de l’Encyclopédie de la parole », dans L. Corbel et Chr. Viart (dir.), Paperboard, La conférence performance. Artistes et cas d’étude, Paris, T&P Publishing, 2021.

[8] Voir le texte de Jean-Philippe Antoine, Un art exemplaire : la conférence-performance, Programme du Nouveau Festival du Centre Pompidou, Septembre 2009, pp.28-33. Ainsi que : Laurence Corbel et Christophe. Viart (dir.), Paperboard, La conférence performance. Artistes et cas d’étude, Paris, T&P Publishing, 2021. Et pour le domaine littéraire, la thèse d’Agnès Blesch, La conférence comme performance. Un point de vue littéraire, soutenue en juin 2020.

[9] Éric Duyckaerts, Hegel ou La vie en rose, Paris, Gallimard, 1992.

[10] Voir Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014, et Yves Citton, L’économie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ?, Paris, La Découverte, 2014.

[11] Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014, p.230.

Emmanuelle Pireyre

Écrivaine

Notes

[1] Lionel Ruffel, Brouhaha, Lagrasse, Verdier, 2016.

[2] Alexandre Gefen, L’idée de littérature. De l’art pour l’art aux écritures d’intervention, Paris, Corti, 2021.

[3] Voir l’important numéro de la revue Littérature : Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel (dir.), La Littérature exposée. Les écritures contemporaines hors du livre, Littérature, n°160, Larousse, décembre 2010.

[4] Voir Olivier Bosson, L’échelle 1:1. Pour les performances conférences et autres live, Paris, Van Dieren, 2011.

[5] Dominique Maingueneau, Le discours littéraire. Paratopie et scène d’énonciation, Paris, Armand Colin, 2004

[6] Ibid., p.85.

[7] J’emprunte le terme « néo-conteur » à Nicolas Fourgeaud, « Les conférences de l’Encyclopédie de la parole », dans L. Corbel et Chr. Viart (dir.), Paperboard, La conférence performance. Artistes et cas d’étude, Paris, T&P Publishing, 2021.

[8] Voir le texte de Jean-Philippe Antoine, Un art exemplaire : la conférence-performance, Programme du Nouveau Festival du Centre Pompidou, Septembre 2009, pp.28-33. Ainsi que : Laurence Corbel et Christophe. Viart (dir.), Paperboard, La conférence performance. Artistes et cas d’étude, Paris, T&P Publishing, 2021. Et pour le domaine littéraire, la thèse d’Agnès Blesch, La conférence comme performance. Un point de vue littéraire, soutenue en juin 2020.

[9] Éric Duyckaerts, Hegel ou La vie en rose, Paris, Gallimard, 1992.

[10] Voir Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014, et Yves Citton, L’économie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ?, Paris, La Découverte, 2014.

[11] Yves Citton, Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014, p.230.