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Éducation

Et le bac manquera désormais cruellement d’imagination

Professeure de lettres en lycée

Le ministre de l’Education nationale vient d’annoncer la suppression de l’épreuve d’invention au bac de français. Comme si faire de ses élèves de petits écrivains n’était pas souvent la meilleure manière d’en faire de grands lecteurs. Pourquoi avons-nous, dans ce pays, toujours autant de mal avec l’idée de donner du plaisir avec la littérature ?

Les épreuves du bac français seront modifiées. Depuis quelques jours, nous avons appris, de la bouche même du Ministre de l’Education nationale, qu’à l’écrit, le devoir d’invention serait supprimé au profit d’un deuxième sujet de dissertation. Certes, l’écriture d’invention telle qu’elle existait à l’examen posait quelques difficultés. L’intitulé de l’exercice pouvait prêter à confusions : certains élèves pouvaient penser, à tort, que ce sujet donnait libre cours à l’imagination la plus débridée. Les lycéens l’imaginaient donc facile, à l’opposé de la dissertation et du commentaire, réputés contraignants et rigoureux. Les collègues de lettres se plaignaient des difficultés rencontrées pour préparer le sujet d’invention, puisque la variété des énoncés possibles ne permettait pas de donner aux élèves des conseils très ciblés : les contraintes liées à l’écriture d’une lettre, d’une suite de texte, d’un dialogue, d’un éditorial, d’un poème, d’un monologue théâtral, etc… semblaient beaucoup plus variées que la méthode traditionnelle de la dissertation, même si, dans la plupart des cas, le sujet pouvait être assimilé à une argumentation. Les enseignants se plaignaient également de difficultés pour évaluer le devoir d’invention, cette notation étant réputée plus « subjective » que pour les autres types de sujets. D’autres ajoutaient que le plus souvent, le sujet d’invention n’était de toute manière qu’une dissertation ou un commentaire déguisés, derrière une vague consigne cré...

Françoise Cahen

Professeure de lettres en lycée, Chercheuse en littérature