Si l’Autre n’est qu’un sexe …
Il se pourrait qu’en colonie comme ailleurs, la fonction copulatoire, activité physique et fantasmatique s’il en était, ne débouche finalement que sur la même chose – l’impossibilité de la jouissance absolue, brûlante et fusionnelle.
Devrait-on en déduire que la scène sexuelle est par nature irreprésentable, un simple nom sur le bout d’une langue, ou encore sur la pointe d’une lèvre ? Ou que de remontée vers la source et l’origine, il n’y en a point véritablement, puisqu’en fin de compte, aller à la rencontre de cela qui nous a conçu relève strictement du mythe ?

Ces questions se posent pour plusieurs raisons, et la première tient à la nature même de la colonie.
Qu’est-ce en effet la colonie sinon un trou bizarre, un complexe paradoxal dont l’une des caractéristiques est de fournir, à ceux et celles qui le désirent, un angle absolument direct sur le sexe, ce grand imaginaire d’objets dont le propre est d’éveiller le désir ?
En effet, on rentre dans la colonie comme on tombe dans une trappe, d’un corps à l’autre – le surgissement brutal, la prise de contrôle tantôt perverse et tantôt sadique, le transfert en force, toutes sortes de déjections associées à l’agressivité, au racisme et à la haine, la haine de soi y compris.
Il en est ainsi parce que coloniser, c’est introduire systématiquement de la différence aussi bien dans la parure que dans la cosmétique des corps, dans la chair, dans les nerfs, dans les organes et, par extension, dans la structure même du fantasme.
La colonie est un lieu où le sexe ne se rencontre pas que dans l’acte sexuel. Il est, pour ainsi dire, dans l’atmosphère, matière inflammable et usine de possibilités.
C’est tout fendre, y compris le regard. C’est, enfin, instaurer une coupure entre ce qui se voit en soi et pour soi, et ce qui ne doit apparaitre dans le champ de vision que sous la figure de l’Autre, c’est-à-dire un corps appelé à soutenir une jouissance qui le déborde, et qui n’est pas nécessairement la sienne. Parce que trou profond a