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Musique

Rap et médias, une longue histoire de défiance

Chercheurs en sciences de gestion

La condamnation récente de Booba et Kaaris est venue mettre un terme au fait divers surtraité de l’été. Une nouvelle fois, nombre de médias se sont délectés de faire porter au rap une responsabilité sociale bien au-delà de ses enjeux artistiques. On peut y lire le dernier épisode de la relation houleuse faite de défiance, d’utilitarisme, de lutte de pouvoir et de recherche d’indépendance qui unit rap et médias – une histoire plus complexe qu’on ne l’imagine.

Aujourd’hui, le rap est partout : à la radio bien sûr, mais également dans les génériques d’émissions télé, les jeux vidéo, dans les reportages et les films, sur les réseaux sociaux et plateformes web, dans les cités et les beaux quartiers, dans les défilés haute-couture, sur le bitume, dans les stades, les librairies, les théâtres, les musées, dans les slogans des manifestations, le langage, la gestuelle… et même dans les colloques scientifiques ! Pourtant, le traitement médiatique du rap pose encore question. L’« affaire Booba/Kaaris » apparaît, en ce sens, symptomatique de la manière dont on « parle » du rap : faits divers, illégalité, marginalité et rejet de l’ordre établi. Le fait que les deux protagonistes, parmi d’autres, soient  des artistes et entrepreneurs à succès, positionnés au cœur d’un écosystème mêlant marques de vêtements, de spiritueux, médias spécialisés et labels de musique est généralement passé sous silence. Pour le comprendre, il faut considérer le traitement médiatique du rap sur le temps long, en analyser les évolutions, les ruptures et ce qu’elles nous disent des liens complexes qu’entretiennent le monde médiatique et celui du rap.

Tarik Chakor et Hugo Gaillard

Chercheurs en sciences de gestion, Maitre de conférence à l'Université Savoie Mont Blanc et doctorant doctorant à l'Université du Mans