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Politique

Pas de pouvoir sans consentement

Historien

Ne se sentant ni entendus, ni représentés, des milliers de français se sont vêtus de gilets jaunes et emparés de l’espace public. En rappelant la nécessité du consentement populaire à l’exercice du pouvoir, le mouvement questionne le fonctionnement même d’une République où la figure présidentielle domine, nourrissant le sentiment d’une citoyenneté intermittente qui ne s’exprimerait que tous les cinq ans.

QOT. Durant des siècles – en gros depuis le milieu du Moyen Âge –, ces trois lettres ont été une référence centrale de la pensée politique, des théories du pouvoir juste et des conceptions modernes de la représentation. Acronyme de la maxime latine Quod omnes tangit ab omnibus tractari debet venue du droit civil et signifiant que ce qui concerne tout le monde doit être débattu et approuvé par tout le monde, elles ont progressivement signifié l’obligation pour tout pouvoir d’obtenir le consentement de ceux sur qui il prétend exercer une autorité légitime.

Ce principe s’est ainsi imposé dans l’Église médiévale – dans les grands conciles qui prétendirent brider le pouvoir pontifical ou dans certains ordres religieux, par exemple – mais aussi au sein de pouvoirs séculiers qui cherchèrent, notamment pour les questions fiscales, à obtenir le consentement des sujets. Cette nécessité du consentement fut ainsi le fondement des assemblées représentatives modernes – parlements, États provinciaux ou généraux, diètes diverses – qui surent l’invoquer contre les exigences excessives des souverains et en faire un outil efficace de négociation.

C’est ce principe majeur de l’histoire politique occidentale – et de l...

Olivier Christin

Historien, Directeur d'études à l'EPHE et directeur du Centre européen d'études républicaines